Association Pitchoun'

Lettre aux parents


Isabelle LELOUVIER
Mercredi 1 Avril 2020



Bonjour à tous,
 
En cette période de crise, alors que nous sommes tous confinés pour des raisons d'urgence sanitaire, j’avais envie de vous dire deux ou trois choses, pour vous aider dans la gestion du quotidien avec vos enfants petits et grands.
 
La situation n’est peut-être pas facile pour certains d’entre vous :
Avant, la plupart avaient l’habitude de confier leur très jeune enfant à la crèche le matin, à temps partiel ou temps plein, et n’être avec lui que les week-end ou sur certains temps de vacances.
Aujourd’hui, vous êtes à temps plein avec lui.
 

 

Une journée en crèche est basée sur ce que l’on sait des besoins de l’enfant aujourd’hui :
 
Tout d’abord préserver un bon niveau de sécurité affective :
Aujourd’hui, en restant à la maison, l’enfant n’a plus à supporter ces angoisses de séparation qui parfois encore le perturbaient le matin. Et pourtant, ces séparations sont structurantes, parce que toute vie est faite de séparations. Pour grandir, il faut s’autonomiser.
D’autre part, l’enfant pourrait croire qu’il lui suffit de vouloir que le parent reste pour que ça marche, or il intègre aujourd’hui qu’il ne maîtrise pas le monde et encore moins les adultes. Ses jouets oui.
Il a à apprendre à faire la différence, alors que le besoin de maîtrise est là.
 
Cette sécurité affective dépend aussi du stress ambiant, or nous y voilà ! Ça me fait penser au film « La vie est belle ». Regardez le si vous ne le connaissez pas, c'est absolument intéressant même si c’est complètement fictif. On voit bien dans ce film comment l’enfant va supporter une situation insupportable grâce au filtre parental, son père lui raconte que c'est un jeu, jusqu’à la fin. La parole du parent est sacrée pour l'enfant. 
Aujourd’hui, il n’est pas question de mentir à l’enfant, il est important de mettre du sens sur ces changements de repères en lui expliquant simplement que la crèche est fermée et que vous devez rester à la maison pour vous en occuper, d’autant plus si vous-même ne pouvez plus aller au travail.
 
Si cette situation vous stresse, comment calmer l’angoisse : en respectant les consignes de précaution, en calmant le flot émotionnel par une activité agréable et surtout en ne vous connectant pas trop aux médias. 
La peur n’évite pas le danger, en tant qu’adulte nous le savons. Concentrons nous sur le présent comme le font les enfants.
 
Il existe une application « Petit bambou » sur internet qui dure 7mn pour apprendre à se poser, c’est une initiation à la méditation laïque. C’est bon pour les grands et les petits, peut-être même allez-vous y prendre gout ! Certains parents le font avec leur enfant.
 
On ne le dira jamais assez, il faut absolument éviter ou limiter les écrans, pour les jeunes enfants, surtout les tous petits, surtout le matin et le soir avant le coucher.
On sait bien que c'est la solution facile pour avoir la paix, comme le reconnaissent de nombreux parents.
Le cerveau est un organe fragile qu’il faut ménager (Serge Tisseron a fait de nombreuses communications sur le sujet « Pas d’écran avant 3 ans »).
 
J’ai aussi envie d’ajouter que s’ennuyer est une bonne chose, apprendre à traverser ces moments de flou pendant lesquels on ne sait plus quoi faire, ou bien on se sent seul.
Or ces ressentis révèlent des zones d’apprentissage à développer. Il faut apprendre à s’occuper seul de temps en temps, ce que cet événement nous oblige à faire.
Le tout petit, même bébé, n’a pas toujours besoin de sa mère ou de son père à proximité ; pour s’occuper, il a des mains, des yeux, des oreilles, des pieds…. C’est déjà tout un programme ! L’enfant qui se plaint ne fait qu’exprimer un malaise. Jacques Vigne dit à ce sujet d’ailleurs que dès la naissance l’enfant s’exprime par une plainte et comme il a une réponse positive, il recommence !! Il ne sait pas tricher, il ne fait pas la comédie, il va bien, il le montre, il va mal, il le montre. A nous d’accueillir ces mots et ces comportements et lui disant par exemple : « oui je vois que tu t’ennuies», ou « je vois que tu n’es pas content…» ou « que tu as besoin de bouger ».
 
Le confinement n’est pas facile à supporter, c'est frustrant et c'est aussi un principe de réalité auquel nous devons nous plier, et non nous soumettre. Accepter.
Le corps a besoin de 
mouvement, chez certains plus que chez d’autres. Il n’est pas interdit de sortir, il faut juste rester prudents. Et à l’intérieur, laissons les enfants bouger s’ils en ont besoin de temps en temps, tout en veillant à ce que ça ne déborde pas.
 
Le cerveau immature génère des comportements pulsionnels directement liés aux émotions, de joie, de tristesse ou de colère, entre autre. C'est très souvent bruyant, là aussi tout dépend des enfants.
A la moindre frustration (je n’ai pas ce que je veux) l’enfant va manifester son désaccord, c’est viscéral au premier sens du terme, c’est donc normal.
Or, la frustration arrive toujours à un moment ou à un autre de la journée. Elle fait partie de la vie et s’oppose au principe de plaisir, donc le cerveau se rebiffe et se manifeste. Voyez comme il nous est difficile à nous aussi adultes de nous plier à certaines règles même quand la situation est grave.
 
L’enfant a besoin de repères parce que son cerveau est encore très immature. Les besoins ne sont pas régulés par la pensée (cerveau cognitif). Ils sont au plus près du corps. Besoin de manger, de dormir, de bouger, de manipuler, d’explorer.
Parallèlement à cela, ils ont aussi besoin d’être contenus, d’être portés, d’être accompagnés, d’être rassurés ; tout est une question d’équilibre et garantit leur sécurité affective et leur bien-être.
 

 

Les très jeunes enfants passent vite d’une activité à une autre.
 
Les temps sont repérés : temps de jeu/activités, temps de pause, repas, sieste, goûter, jeu libre. C’est dans ces temps que l’enfant apprend les règles de vie et le cadre que l’adulte garantit pour le contenir.
 
A la crèche, tout est fait pour que l’enfant soit libre lors des activités sous le regard attentif de l’adulte. Les temps sont repérés et alternent entre temps de jeu ou d’activité et temps de pause comme les comptines avec l’adulte, les temps de lecture ; ce que les enfants apprécient au plus haut point. Très souvent, c’est la proposition de la lecture d’un livre qui leur permet de passer au calme lors des séparations difficiles le matin. Il suffit de s’asseoir avec un livre pour qu’une grappe d’enfants apparaisse rapidement autour de l’adulte. Ce temps est d’autant plus important que c'est un temps de jeu verbal, d’échanges de communication et donc de pur langage avec l’enfant.
 
Il peut être intéressant de lui parler de la crèche de temps en temps pour entretenir ces souvenirs et préparer le moment du retour et donc à nouveau du changement de repères.


 

Le repas

A heure fixe et pas de grignotage entre les repas, parce qu’alors il ne s’agit pas d’une envie mais d’un besoin. L'enfant ne fait pas la différence, comme le disait François Dolto.
L’adulte est là pour satisfaire les besoins de l’enfant et veiller à sa santé. Le fait de manger peut être considéré par certains comme une activité. Elle en est une mais elle n’est pas un passe-temps. Manger c’est se nourrir et partager un moment de convivialité avec ses proches, ce qui constitue aussi pour l’enfant un moment d’
apprentissage du vivre ensemble. Le repas n’est pas un champ de bataille non plus, alors pas de conflit. Une négociation, un cadre, des règles à intégrer petit à petit. L'enfant apprend là aussi. 
 
Pour l’enfant qui grandit, tout est bon pour s’opposer ou s’affirmer, ce qui est équivalent, alors pourquoi pas au moment du repas, quand l’enfant se manifeste : « j’en veux pas », « c'est pas bon ! », « j’ai pas faim !». Notez le négatif, on s’affirme bien dans l’opposition !
 
Il ne veut pas manger, pas de problème, il mangera mieux au repas suivant. Il repousse son assiette, vous le prévenez que s’il pousse l’assiette c’est qu’il ne veut plus manger. S'il ne veut pas de ça, il n’y a rien d’autre entre le plat et le dessert. Rappelez-vous qu’à la crèche, nous proposons un plateau repas à l’enfant. Il mange donc à sa façon dans l’ordre qu’il veut avec un peu de pain et un verre d’eau.


 

Le sommeil

Il est important de respecter ces temps de pause même si l’enfant rechigne à y aller. Parfois, il s’agit de décaler de quelques instants, question de maîtrise ou de gestion de la frustration, quand il n’a pas fini de faire ce qu’il fait. Il est important là aussi d’écouter ce que dit l’enfant tout en gardant le cadre. Tu dors ou tu ne dors pas, là c'est l’heure de se reposer. Pour les plus grands, j’ai l’habitude de préconiser la position des aiguilles sur la pendule, « quand la grande aiguille est là c’est l’heure d’aller se reposer ».
Si l'enfant ne veut pas dormir : « tu te reposes, tu dors ou tu ne dors pas c'est comme tu veux, mais tu restes un peu sur ton lit ». Il aime avoir un choix. 

 

 

Préserver votre temps et votre espace à vous aussi adulte, ou celui des frères et sœurs. Cela fait partie des apprentissages de l’enfant.
 
                                        
Les petits enfants qui grandissent découvrent un monde qu’ils croient pouvoir maîtriser, et en même temps ils ne le peuvent pas. Cela va donner des manifestations émotionnelles plus ou moins fortes qu’il est tout à fait important d’accepter et de calmer puisque cela non plus ils ne peuvent pas encore les contrôler. Même les enfants qui parlent bien ont encore un niveau de maturité assez primaire qui ne leur permet pas de se raisonner. Savoir ne suffit pas, il faut que ce soit intégré de façon mature, et cela prend du temps, quelques années, le temps de l’enfance !
 
Je vous souhaite bon courage à tous et n’oubliez pas d’en profiter aussi, même si les conditions ne sont pas idéales.
 
A très bientôt à la crèche
 
Isabelle Lelouvier
Psychologue
Pitchoun’ Gambetta

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